Catégories
Inédit Texte CapitalismeSolidarité

Le monde d’après

AL-MASRI Maram

Quel monde ?

Notre monde personnel
ou le grand monde ?

Le monde
Après une guerre?
Après une révolution?
Après des catastrophes naturelles ?
Après un cancer ?
Après une épidémie ?

Après une pandémie?
Après la mort ?
Après la vie ?

Depuis le commencement de l’histoire humaine, le monde n a pas cessé de changer. Il y a toujours avant et après.
Combien de murs et de structures ont-ils été détruits et nous avons pensé qu’il n’y aura plus de murs mais rapidement mille murs étaient à nouveau construits.

Il y a des choses qui ont changé et d’autres qui sont restées les mêmes.
Pourtant

Le changement est la loi de la vie.

Souvent ce sont des changements doux qui se produisent progressivement
Mais des fois, ils sont brusqués
Provoqués par des coups d’État des révolutions. Des catastrophes naturelles…

Nous sommes le monde d’avant et nous sommes le monde de maintenant et nous sommes le monde d’après
Nous sommes la Terre et le ciel
Les chevaux, les lions, les faucons, les oiseaux sont nos frères
L’air et la mer sont nos âmes
Nous sommes les transformateurs et nous sommes les fixes,
Nous sommes les acteurs et des fois les objets

Le monde avec ses vieux vêtements commence à se déshabiller pièce par pièce
et à enfiler ses nouveaux habits de prudence, de peur on peut plus prendre les gens dans nos bras ni serrer leur main . Le bonjours reste sûr les lèvres comme un oiseau qui a perdu ses ailes .
Mais aussi de solidarité et d’espoir annonçant un aire Nouveau
l’espoir est le moteur qui nous permet de nous accrocher aux fragments de bois d’un bateau qui a explosé

Les villes se vident aujourd’hui de leurs habitants, de leurs voitures,
elles se vident des enfants et des écoles, cinémas et théâtres fermés, vides des touristes…
Mais la nature s’en fiche car les virus sont aussi ses produits.

Heureusement, le soleil se lève à chaque aube et le printemps n’a pas raté son arrivée magistrale, l’oiseau et le papillon ont remplacé les bruits des avions et les bruits humains.

Le monde est calme, le silence de l angoisse plane autour comme un long serpent rapide, il se faufile partout, cruel et brusque,
Et la mort attend pour séparer les êtres et éprouver encore et encore combien nous sommes fragiles . Même si nous faisons semblant d’oublier sa présence.

Le cœur du monde bat, fatigué, effrayé, comme le cœur des déplacés aux frontières
comme les cœurs des enfants sous les bombes de guerre et les frappes de la violence parentale, Plantes abandonnées qui agonisent de soif

Quand nous allons comprendre que nous vivons dans la même maison
Et que la sécurité de l’autre nous concerne aussi
Et que nous devons veiller sur les autres car si leurs maisons brûlent la nôtre sera aussi brûlée
S’ils sont malades nous le serons aussi

Je ferme les yeux et rêve d’un monde meilleur
De l’air pur, propre, pas de pauvreté
La richesse répartie équitablement
Pas de guerre, pas de maladies. Un monde humain fondé sur les valeurs justes et nobles .
Il va nous falloir réviser l’importance relative des choses et que l’humain soit la plus importante
Il va nous falloir réapprendre à vivre ensemble sur cette Terre

En attendant la poésie nous dit :

Sortez de la nuit
Rentrez dans le jour
Dites oui à la vie

Malgré la tristesse
Malgré la maladie
Malgré la peur
Dites oui à la vie

Malgré la guerre
Malgré la destruction
Malgré l’injustice
Dites oui à la vie

Malgré la trahison
Malgré la pauvreté
Malgré le confinement
Dites oui à la vie.

Maram al Masri

Biographie

Syrienne étudiante à Damas, exilée à Paris, elle se fait connaître auprès du public francophone avec le texte Cerise rouge sur un carrelage blanc (2003). Grande voix du moyen-orient, dont la poésie est primée et traduite à travers le monde, elle est principalement publiée aux éditions Bruno Doucey. Elle vient d’y sortir son dernier recueil : Métropoème.